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Bushinengués : dès luttes anti-esclavagistes à la société de masse

Le marronnage est encore mal connu, tout particulièrement du «grand public». Or, il a joué d’une part un rôle fondamental dans la lutte anti-esclavagiste et d’autre part, dans la construction identitaire des diasporas africaines en Amériques.  Le marronnage constitue sans doute la forme de résistance à l’esclavage qui a le plus nourri l’imaginaire des Amériques noires et, dans une certaine mesure, la culture occidentale du début du XIX siècle, comme en témoignent les illustrations abolitionnistes de William Blake. Passé aux oubliettes de l’histoire, il fait aujourd’hui l’objet d’une redécouverte de la part des artistes, écrivains, chercheurs et activistes de tout horizon.   
Le marronnage a produit des sociétés qui se constituèrent comme souveraines. Ces communautés d’esclaves fugitives furent fondées à travers les Amériques, de la Louisiane, à la Jamaïque, en Haïti, à Cuba, en Colombie, au Brésil, et, parmi d’autres, au Suriname et en Guyane française. Certaines parmi elles persistent et perdurent de nos jours, et leurs membres sont les acteurs d’une histoire méconnue d’auto-émancipation et d’auto-libération : les Marrons, aussi connu sous le nom de Businenge ou Bushinengués.  

Six groupes des Marrons habitent aujourd’hui le Suriname et la Guyane française : les Saamaka, les Ndyuka, le Aluku, les Pamaka, les Matawai et les Kwinti. Ces peuples, et les Amérindiens, sont confrontés à des enjeux complexes de transmission de leurs patrimoines, pour la plupart des traditions orales, dans une société qui promeut l’intégration à des modèles urbains, sans réussir à mettre en compte les spécificités de leur culture et leur revendications en tant que peuples autochtones. L’abandon des villages en forêt et l’immigration vers les centres urbains engendrent de nouvelles productions identitaires, détournant les jeunes des pratiques traditionnelles, en faveur d’autres valeurs de réussite sociale.   

Du côté français, le système judiciaire ne reconnaît pas les minorités, ni les peuples autochtones en tant qu’entités juridiques. La France n’a pas signé la convention n° 169 relative aux droits des peuples indigènes et tribaux. Elle s’en justifie en invoquant les principes républicains. L’état du Suriname de son côté, malgré le verdict de la Cour Interaméricaine des droits de l’Homme en 2007, qui accorde aux Marrons, notamment le groupe des Saamaka, le statut de peuple autochtone, en lui reconnaissant des droits collectifs sur leur terre ancestrale, n’applique toujours pas le jugement de la Cour.  

Dans un tel contexte, un des résultats de cette acculturation est le processus de folklorisation du patrimoine marron. Ce procédé date de l’époque coloniale, il fut un des instruments majeurs de légitimation de l’emprise coloniale. Or, cette patrimonialisation de la culture marronne prônée par les autorités administratives et par certains sujets privés, ne s’accompagne pas nécessairement par une valorisation des individus, groupes ou sociétés marronnes qui la produisent. D’un côté le patrimoine marron devient un instrument de propagande au service des gouvernements ou des partis politiques, en quête de nouveaux potentiels électeurs. De l’autre, les Marrons continuent d’occuper les postes au plus bas de la pyramide sociale qui, en Guyane comme au Suriname, reste encore fortement racialisée et divisée. A la différence de la communauté amérindienne, organisé en mouvement politique identitaire à partir des années 90, chez les Bushinengués il n'a pas encore eu ce travail de réappropriation identitaire. Chez eux, à exception du groupe Saamaka, il n'y a pas de mouvement de revendication identitaire.  

Le travail photographique Obia, réalisé au Suriname et en Guyane française en 2014 (dans le cadre d’une résidence auprès de la Mairie de Saint Laurent du Maroni) sur les terres historiques des Marrons, le pays Saamaka et le pays Maroni, donne à voir les liens entre le patrimoine magico-religieux des Bushinengués (exceptionnelles sont les images prises lors des funérailles du grand chef Saamaka) et les nouveaux défis de la modernité, l’acculturation en acte parmi les nouvelles générations et son contrepoids, la déculturation. Il pose aussi une réflexion sur les connections entre le marronnage historique et les enjeux de l’immigration contemporaine, entre les mémoires de la période coloniale et les accommodements du présent postcolonial.

Nicola Lo Calzo

Publications

Interview Guyane La1ère

Bibliography

Au-delà de la destruction, de l’abandon des quartiers inondés et de l’augmentation exponentielle du chômage, le fait le plus significatif de l’ouragan Katrina en 2005 a été de dévoiler au monde entier, non sans un certain embarras, que la ville de New Orleans était restée la même depuis l’époque de la ségrégation raciale et, même plus loin, de la société esclavagiste. Les fantômes du racisme et de la ségrégation se sont matérialisés face aux images des maisons qui, éventrées par la force de l’ouragan, ne camouflaient plus la pauvreté et la misère qui y régnaient. Et dans ces maisons habitaient surtout des Afro Américains.
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Kehrer publisher
Textes Simon Njami, Françoise Vergès, Jean Moomou

Couverture rigide
Français / Anglais

19 cm x 24 cm – 96 pages
69 photographies couleur
Papier 170g
semi-matt Luxo

Juin 2015
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